"Sans retour d’un esprit national, le service national volontaire voulu par Macron risque bien d’être voué à l’échec"

Professeur des universités à Sciences Po Rennes, Thibault Tellier explique que le service national voulu par Emmanuel Macron échouera sans communauté nationale.

Le 27 novembre dernier, à Varces dans l’Isère, le chef de l’État a annoncé le retour en France du service militaire. Ou plutôt, du « service national volontaire » (SNV). Un « nouveau cadre pour servir au sein des armées » qui doit répondre à « l’envie d’engagement » des jeunes. Ce qui interroge nécessairement sur le rapport que les jeunes Français entretiennent avec l’idée même de la nation. En d’autres termes, existe-t-il encore un esprit national susceptible de nourrir le projet ? L’échec relatif du Service national universel (SNU) présenté par Gabriel Attal, alors Premier ministre, comme la pierre angulaire du « réarmement civique » voulu par Emmanuel Macron, devrait pourtant servir d’avertissement. Sans retour d’un esprit national, c’est-à-dire sans une certaine fierté d’appartenir à la Communauté nationale et aux valeurs qui la caractérisent comme la laïcité, l’opération risque bien d’être vouée à l’échec.

La conscription « universelle et obligatoire » est instituée par la loi Jourdan-Delbrel du 5 septembre 1798 et concerne tous les Français âgés de 20 à 25 ans. Elle vient parachever l’idée révolutionnaire du « citoyen-soldat » appelé sous les drapeaux pour défendre la patrie. C’est en 1889 que le service militaire universel prend réellement tout son sens, puisque désormais, les moyens légaux pour y échapper (tirage au sort et remplacement) sont abolis. À l’heure de la célébration du centenaire de la Grande révolution, la Troisième République s’impose à tous et peut alors développer son catéchisme républicain.

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La conscription nationale en fait partie. Comme l’affirme Ernest Renan dans sa célèbre conférence, « Qu’est-ce qu’une nation ? », de 1882, « l’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours ». Jusqu’en 1914, le service national constitue un marqueur fort, permettant à des jeunes hommes qui n’avaient jusqu’ici jamais quitté leurs terroirs de découvrir d’autres contrées et de se mélanger aussi à d’autres cultures. L’apprentissage de la langue française constitue un élément incontournable de la modernisation du pays. Le résultat est tel qu’en 1914, c’est la règle du consentement national qui s’impose à tous au travers de l’union sacrée.

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