Cela faisait maintenant trois ans qu’Élise vivait seule sur sa péniche verte, amarrée sur un canal tranquille bordé d’arbres et de silence. Avec ses longs cheveux roux souvent décoiffés par le vent et sa robe verte à fleurs blanches qui semblait flotter dans l’air chaud de cet été capricieux, elle donnait l’image d’une vie paisible et libre. Sur le pont, des pots de fleurs débordaient de couleurs, et un panneau solaire scintillait fièrement sur le toit de la cabine. Mais derrière cette façade idyllique se cachait une histoire que peu connaissaient.
Tout avait commencé lorsqu’Élise avait quitté son emploi de designer d’intérieur après un conflit avec son ancien patron, Arnaud, un homme avide et manipulateur, de vingt ans son aîné. Après avoir longtemps travaillé dans l’ombre, elle avait découvert qu’il revendait leur travail commun en se l’attribuant seul. Elle avait porté l’affaire en justice — naïvement pensant que la vérité triompherait. Mais Arnaud possédait les bons avocats et, pire encore, des documents falsifiés. Élise avait tout perdu et, ruinée, s’était tournée vers cette vieille péniche qu’elle avait achetée pour presque rien.
Elle l’avait rénovée seule, chaque planche, chaque vis, chaque détail portant la trace de ses mains tremblantes et de ses larmes silencieuses. Là, au moins, elle pensait être à l’abri de la trahison. Mais même cette paix fragile n’allait pas durer.
Son voisin de quai, Damien, un ancien photographe reconverti en électricien, semblait d’abord sympathique. Trente-cinq ans, brun, regard doux mais fuyant. Ils partageaient parfois un café sur le pont, riaient même. Jusqu’au jour où Élise constata que ses panneaux solaires ne fonctionnaient plus. Puis manquèrent des outils. Puis une fuite étrange apparut dans la cale. Elle suspecta, elle questionna. Damien nia tout, évidemment.
Un soir, elle rentra un peu plus tard et trouva la porte du bateau déverrouillée. L’intérieur avait été fouillé. Son ordinateur, ses dessins, ses croquis retrouvés en lambeaux dans l’eau du canal. Et, sur le ponton, les empreintes de bottes humides… comme celles que portait toujours Damien.
Quand elle essaya d’aller à la police, on se moqua presque d’elle. Aucune preuve tangible, aucune caméra, seulement des suppositions. “Conflit de voisinage classique”, lui dit-on.
Depuis, Élise vit enfermée sur sa péniche, obsédée par l’idée d’un danger tapis autour d’elle. Chaque bruit dans la nuit la fait sursauter. Elle ne quitte presque plus le bord. Sa robe verte fanée, ses fleurs fanées, ses rêves fanés.
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